Roland Gori et l’état d’esprit appréciatif

Roland Gori est psychanalyste à Marseille et professeur de psychologie et de psychopathologie cliniques. Il est l’auteur de nombreux ouvrages de psychanalyse.Professeur  émérite de psychopathologie clinique des universités

Voici quelques extraits choisis de son livre, que je considère personnellement proches des fondamentaux et de l’état d’esprit de l’Approche Appreciative Inquiry. Jean-Christophe Barralis

page 10 « …Il importe de retrouver l’art de raconter nos expériences pour que les événements que nous vivons se transforment en histoire vécue et partagée »….
Commentaire : le principe de raconter des histoires réussies et de les partager nourrissent la culture de l’organisation dans sa version la plus agréable et authentique.

page 17 « … ce don de la langue que portent les premières paroles engage tout autant celui que qui les reçoit que ceux qui les transmettent »…
Commentaire: les entretiens en binôme, première étape de la phase Découverte, permettent une contribution individuelle et de même équivalence pour chacun. La notion d’équité prend tout son sens.

page 40 et 41 « …de ce fait lorsque nous adoptons les valeurs et les critères des « spécialistes de la solution des problèmes » pour penser le monde et notre existence à partir de leur calcul,….ce n’est pas seulement tel ou tel problème qui demeure sans solution, mais c’est bien le monde comme notre existence que nous risquons de perdre »
… »Les spécialistes de la solution des problèmes  n’appréciaient pas, ils calculaient. Leur confiance en eux-mêmes n’avait pas besoin de l’autosuggestion pour se maintenir  intacte en dépit de tant d’erreurs de jugement, car elle se fonde sur une vérité purement rationnelle et mathématique »
Commentaire : résoudre un problème en partant de l’appréciation des forces du collectif et d’en déduire l’avenir, procède d’une méthode rationnelle certes, mais avec un contenu non mathématique. C’est de l’histoire dans sa meilleure version que l’organisation se construit.

page 87 : « …cette transformation du concept de valeur fait que la « bourse des valeurs sociales » et culturelles accorde toujours moins d’importance à ce qui se raconte, fait sens et histoire et que Lyotard nomme savoir narratif  »
« Cette dévalorisation incessante et infinie du savoir narratif au profit d’une rationalité technique a constitué la signature de la civilisation occidentale depuis le début »
Commentaire : Le narratif comble notre « part d’enfant expressif » qui fut bercé par les contes, les récits, les histoires. L’absence de rêve que produit la rationalité technique peut l’amener à toucher ses limites dans l’exercice de produire des éléments nouveaux dont une organisation a besoin, et dans lesquels les personnes s’engagent.
Nous observons combien ce moment de partage collectif dans l’individualité de chacun, procure de tels moments de bien-être lorsqu’il s’agit de raconter une histoire et qui de plus est réussie.

Page 88 :  » ..cette transformation de la nature et de la fonction du savoir dans nos sociétés informatisés détient une portée anthropologique considérable qu’exhibent et voilent à la fois complainte sur la « perte du sens de la vie » et la difficulté  à faire un récit de l’expérience . Il ne s’agit pas seulement  de parler de ce que l’on a vécu, mais bien plutôt d’en faire le récit à un interlocuteur auquel on s’adresse pour entendre le sens et l’éprouver de ce qui s’est passé sans que l’on ait pu pour autant s’en saisir comme expérience »
Commentaire : Le recul pris de fait par l ‘exercice du récit partagé à deux, permet d’élargir le prisme et de compléter l’image de celui-ci, donc de sa représentation, en y adjoignant des éléments rationels concrets issus du contexte du récit (ou, qui, quand, combien…) , ainsi que des éléments irrationnels comme une signification, un sens, une lecture à un autre niveau logique (Quoi et Pour Quoi). Prendre du recul c’est aussi prendre de la hauteur.

page 117 : Rolan Gori cite Walter Benjamin : « l’art de conter est en train de se perdre. Il est de plus en plus rare de rencontrer des gens qui sachent raconter une histoire. Et s’il advient qu’en société quelqu’un réclame une histoire, une gène de plus en plus manifeste se fait sentir dans l’assistance. C’est comme si nous avions été privés d’une faculté qui nous semblait inaliénable, la plus assurée entre toutes : la faculté d’échanger des expériences. L’une des raisons de ce phénomène saute aux yeux : le cours de l’expérience a chuté. Et il me semble bien qu’il continue à sombrer indéfiniment »..
Commentaire : un seul commentaire : le récit doit être une forme de résistance et remettre l’humain au coeur de la/nos société(s) un combat

Merci Monsieur Gori

Voici le site de l’appel des appels : http://www.appeldesappels.org/

 

 

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