Jean-Claude Michéa et l’état d’esprit appréciatif

Jean-Claude Michéa (né en 1950) est  un philosophe français, auteur notamment de plusieurs essais consacrés à la pensée et à l’œuvre de Georges Orwell

Quelques extraits choisis :

Pour Michéa, il est important de maintenir des valeurs morales partagées dans nos sociétés et fait référence à ce qu’Orwell appelait, la « Common Décency », c’est à dire, ces vertus humaines élémentaires, que sont par exemple, la loyauté, l’honnêteté, la bienveillance ou la générosité. Vertus qui s’enracinent depuis des millénaires dans ce que Marcel Mauss nommait la logique du don. La pratique de ces valeurs ne peut être décrétée….Il s’agit de construire progressivement « un contexte »politique, social et culturel qui favorise indirectement les dispositions à l’égalité, l’entraide et l’amitié plutôt qu’à l’égoïsme et à la guerre de tous contre tous.
Pour Michéa, plus  on monte dans la hiérarchie sociale et plus la pratique des vertus humaines élémentaires devient difficile, voire impossible. En revanche dans les millieux populaires, dont l’idéal politique est avant tout négatif (« ne pas être opprimés » comme le soulignait Machiavel), les dispositions à l’entraide et au respect d’un certain nombre de valeurs morales élémentaires sont encore massivement répandues.

D’une façon plus générale, Michéa indique, qu’une communauté humaine ne peut effectivement tenir et fonctionner au quotidien, que si elle puise en permanence dans ce que Castoriadis appelait, « des gisements culturels » étrangers par définition à la logique libérale, comme par exemple un minimum de dispositions psychologiques et culturelles à la confiance, la générosité »

« La question est de savoir si nous voulons éduquer une génération de consommateurs égocentrés en symbiose parfaite avec la logique libérale ou, à l’inverse, une génération capable de résister radicalement à cette logique et de reprendre à son compte, sous les formes qui seront siennes, l’idéal d’une société réellement humaine ?  »

« C’est d’abord dans notre vie quotidienne, et dans la manière dont nous traitons nos proches, que nos dispositions proclamées à l’humanité peuvent réellement se vérifier »

« Une société humaine n’existent en effet que dans la mesure où elle parvient à reproduire en permanence du lien, ce qui suppose qu’elle puisse prendre appui sur un minimum de langage commun entre tous ceux qui la composent »

« Quant à moi, si je m’en tiens à une seule expérience, j’aurais plutôt tendance à penser qu’une telle vision de l’être humain (pêcheur, corrompu, égoïste, calculateur..°) est profondément infantile et réductrice. Je me demande même parfois si elle ne relève pas tout simplement, chez beaucoup  d’esprits modernes, d’un très banal phénomène de projection, au sens psychique du terme, bien des intellectuels étant effectivement portés à juger de la nature de l’être humain à l’aune de leurs carences morales personnelles. Mais sans doute est ce moi qui ait été beaucoup trop naïf en ne me méfiant pas suffisamment de mes voisins et de tous ceux que j’aime. »

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