Les trois modèles de forces mis en parallèle : PPC, CAPP et Gallup

Source Psychologie Quebec

Depuis les dernières années, des recherches basées sur la psychologie positive ont montré que les individus connaissant et utilisant leurs forces personnelles en retirent plusieurs bénéfices, tels qu’un plus grand sentiment de bien-être général. Jusqu’à présent, il est possible de distinguer dans la documentation scientifique trois courants de recherche ayant étudié les forces, soit l’école de pensée du Positive Psychology Center (PPC ), celle du Centre of Applied Positive Psychology (CAPP ) et celle de la firme Gallup. Dans l’article qui suit, un survol de l’approche de la psychologie positive sera effectué, puis les écoles de pensées, leurs contributions et leurs instruments de mesure seront décrits

Les forces selon le Positive Psychology Center (PPC ), (University of Pennsylvania) http://www.authentichappiness.sas.upenn.edu/

L’école de pensée du PPC a pris racine aux États-Unis, dans la fondation même de la psychologie positive, alors que les chercheurs à l’origine du mouvement bâtissaient un réseau de partenaires scientifiques, institutionnels et philanthropiques dédiés à la psychologie positive. La première étape fut de créer un classement des forces permettant de structurer la recherche et les interventions en psychologie positive, de la même façon que le classement du DSM-IV le fit pour les diverses pathologies. Il en résulta en 2004 (Peterson & Seligman, 2004) une liste de 24 forces, réparties en 6 grandes catégories de vertus, reposant sur la consultation des plus grands spécialistes du domaine, la recension exhaustive des traits humains valorisés à travers les principaux écrits de l’histoire, des religions et des cultures et l’application subséquente de critères discriminants. Cette classification a donné naissance à un instrument de mesure nommé Values In Action Survey (VIA-Survey) qui permet de découvrir ses cinq principales forces, appelées « forces signatures ». Ce questionnaire offre de bonnes propriétés psychométriques, nécessite moins d’une heure à compléter et est disponible gratuitement en ligne en plus de 14 langues. Les principales recherches effectuées à partir du VIA-Survey ont trait à la prévalence et la répartition démographique des forces, aux différents liens entre les forces et le bien-être ainsi qu’aux interventions basées sur les forces. À ce titre, plusieurs recherches semblent démontrer que Seligman et Peterson ont visé juste quant à l’universalité des forces. On retrouve l’existence, la valorisation et le développement de ces 24 forces dans l’ensemble des régions du globe (Park, Peterson, & Seligman, 2006), et ce, même auprès de cultures plus éloignées comme les Masaaï du Kenya et les Inuits du Groenland (Biswas-Diener, 2006). Les forces les plus universellement présentes sont la gentillesse, l’équité, l’intégrité, la gratitude et l’ouverture d’esprit. Par ailleurs, les forces les plus fortement associées avec la satisfaction de vie sont l’espoir, la vitalité, la gratitude, la curiosité et l’amour (Park, Peterson, & Seligman, 2004). En termes d’interventions, deux programmes ont démontré un effet significatif à la fois sur la diminution de la dépression et la hausse du niveau de bien-être des individus, et ce, sur une période de 3 à 6 mois (Seligman, Steen, Park, Peterson, 2005). La première intervention consiste à demander à l’individu d’identifier ses forces à l’aide du VIA-Survey et d’utiliser une de ses forces d’une façon nouvelle chaque jour durant une semaine. La seconde intervention consiste à demander à l’individu de noter trois choses qui ont bien été lors de sa journée ainsi que leurs causes chaque soir durant une semaine. Enfin, de plus en plus de recherches démontrent que bien que les forces soient naturellement présentes chez les individus, il demeure qu’elles ne sont pas statiques et peuvent être développées par différentes méthodes, ce que nos propres recherches ont également permis de confirmer (Forest et al., 2011).

Les forces selon le Centre of Applied Positive Psychology (CAPP ) www.cappeu.com/

La deuxième école de pensée est constituée d’un groupe de chercheurs et professionnels dirigés par Alex Linley et basés au CAPP en Angleterre. Suivant de près le courant entamé aux États-Unis, ils s’intéressent particulièrement à l’application des théories de la psychologie positive à la pratique professionnelle.Très prolifiques, ils publient leurs résultats de recherches, mais surtout leurs constats, réflexions et questionnements dans de nombreux articles et livres consacrés à la psychologie positive (p. ex. Linley, 2008; Linley & Joseph, 2004). La définition d’une force proposée par Linley (2008, p. 9) constitue un apport intéressant de ce courant : « capacité préexistante envers une façon particulière de penser, de ressentir ou de se comporter, qui est authentique et énergisante pour la personne, et qui engendre son fonctionnement optimal, son développement et sa performance ». Cette définition implique trois principaux éléments. D’abord, bien qu’elle puisse être développée, une force serait avant tout innée et relativement stable. Ensuite, lorsqu’utilisée, une force entraînerait un sentiment d’intégrité et de vigueur. Enfin, un individu excellerait lorsqu’il utilise une de ses forces. Ainsi, à titre d’exemple, un individu ayant la force « curiosité » sera toujours intrigué et intéressé par ce qui l’entoure et dira lui-même qu’il a toujours été ainsi. En laissant libre cours à sa curiosité, cet individu ressentira un sentiment de cohérence avec lui-même ainsi qu’un sentiment de vitalité. Ce phénomène entraînera en retour une amélioration de son fonctionnement, son développement et/ou sa performance. Les efforts du CAPP ont permis de poursuivre l’avancée des connaissances empiriques sur les forces par la création d’un instrument permettant de mesurer le niveau d’utilisation des forces (Govindji & Linley, 2007) et la publication de recherches associant l’utilisation des forces au bien-être, à la confiance, à la vitalité, à l’estime de soi (Govindji & Linley, 2007; Proctor, Maltby & Linley, 2009) et à l’atteinte d’objectifs personnels (Linley, Nielsen, Wood, Gillett & Biswas-Diener, 2010). Le CAPP a également mis au point le Realise2, un instrument de mesure permettant de découvrir ses zones de forces exploitées et en veilleuse, ses « comportements appris » (zones de performance toutefois drainantes en énergie) et ses faiblesses en fonction d’une banque de 60 construits (voir tableau 2). Le Realise2 nécessite environ vingt minutes à remplir et est disponible en ligne au coût de 25 $, en version anglaise uniquement. Enfin, quelques modèles d’intervention visant à maximiser l’utilisation des forces et minimiser l’utilisation des faiblesses ont également été publiés (Linley, 2010; Biswas-Diener, 2010).

Les forces selon Gallup https://www.gallupstrengthscenter.com

La troisième école de pensée a été lancée par les travaux pionniers de Donald Clifton au sein de la firme de sondage et de consultation Gallup. S’intéressant à l’origine à l’excellence, Clifton et ses collaborateurs ont effectué sur une période de près de vingt ans plus de deux millions d’entrevues individuelles auprès d’individus performants dans une variété de domaines (Asplund, Lopez, Hodges, & Harter, 2007). Ils ont découvert que les individus ayant atteint de hauts niveaux de performance sont systématiquement ceux ayant identifié leurs propres talents, puis investi dans le développement de ceux-ci pour en constituer des forces personnelles (Hodges & Asplund, 2010). Sur la base de cette découverte, ces chercheurs définissent une force comme étant « l’habileté à produire des performances constantes et quasi parfaites dans une tâche spécifique » (Hodges & Clifton, 2004, p. 257) et indiquent que celle-ci peut généralement être décomposée en trois constituantes : d’abord une base de talent, sur laquelle des connaissances et des habiletés techniques sont édifiées. Pour sa part, un talent est défini comme étant « une manière naturelle et récurrente de penser, ressentir ou se comporter pouvant être appliquée de manière productive », notamment caractérisé par l’attrait, la spontanéité, l’apprentissage rapide et la satisfaction envers une activité donnée (Hodges & Clifton, 2004, p. 257). Faisant suite à cette conceptualisation et tirant profit des données provenant des nombreuses entrevues effectuées, l’organisation Gallup lança en 2001 un instrument de mesure nommé Strengthsfinder permettant d’identifier les cinq principaux domaines de talents d’un individu. Offrant des propriétés psychométriques acceptables, cet instrument nécessite environ 45 minutes et est disponible en ligne au coût de 25 $ en 24 langues. Le Strengthsfinder sert de base à l’organisation Gallup pour plusieurs programmes de développement individuels, d’équipe ou organisationnels. Au fil des ans, celle-ci a évalué et documenté l’efficacité de ses interventions, ce qui lui a permis de produire divers témoignages de leurs impacts positifs dans le Gallup Management Journal (Black, 2001; Chong, 2006; Connely, 2002; Krueger, 2004) et de publier quelques articles scientifiques faisant état des résultats de ses programmes sur l’engagement, le bien-être, la productivité, l’absentéisme et les profits (Clifton & Harter, 2003; Hodges & Asplund, 2010; Hodges & Clifton, 2004). Malheureusement, bien que ces résultats soient fort encourageants, en raison des enjeux stratégiques y étant associés, les recherches effectuées n’ont pas été publiées de façon intégrale dans les journaux scientifiques et ne demeurent ainsi que partiellement disponibles.

 

 

 

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